Meliepapillon

01 juin 2007

distraction

En chine, on peut faire une licence de mannequinât à l'université. Si, si, si. Oh, j'entends déjà s'enthousiasmer vos phantasmes confucéens « quelle nation lettrée ! Que de jolies filles pleines de talent ! » et bla bla et bla
Mais comme vous le savez, votre humble reporter n'est pas au service de la glandeur de la nation, aussi s'est-elle enquise un peu plus loin :
- : « euh, il y a vraiment un département UNI VER SI TAIRE de formation des mannequins ? »
- 
« oui, oui, une licence, en quatre ans. »
Là, je ne vous cacherais pas que mes tentatives d'objectivités s'esclaffèrent dans un indécent fou rire de trois minutes, mais reprenant mon sang-froid, j'ai quand même pu mener à bien cette interview captivante :
- « Avec des cours de Marx-Lénine-Mao, comme tout le monde ? »

Me voila rassurée, nos Polly Magoo de la mode asiatique n'ont pas la tête creuse. Loin s'en faut, quand bien même faudrait-il vous rappeler que ces cours de « philosophie » c'est comme ça que ça s'appelle, représentent  40% des cours de licence de TOUS les étudiants chinois.
Donc, les 60% restants ?
- : « Pourriez-vous me préciser précisément en quoi consiste le programme de leurs 4 années d'études universitaires ? Apprendre à défiler sur une scène un pied devant l'autre ?»
- « Oui, exactement, elles ont des cours de déambulation sur scène. »
( Là, je me rappelle une copine chinoise il y a quelque temps : "comme tu marches bien avec des talons !!! tu as appris où ? ")
- 
« Donc, des cours de déambulation pendant 4 ans ? Remarque, le déhanché, ça doit prendre un moment...»
- « oui, mais aussi des cours de e et de maintien, parce qu'il faut qu'elles apprennent à être des personnes de grandes "qualité"  pour pouvoir bien exprimer les vêtements qu'elles portent. »
Là, perspicaces, vous aurez décelé le fin mot de l'affaire : les mannequins chinoises doivent aller à la fac, non pour acquérir une somme de connaissances universitaires, mais pour se dégrossir au mieux de leur ignorance crasse du monde, du corps, des choses, qui transparaît dans le moindre de leur geste . Est-il besoin de mentionner qu'en dehors de l'école, nulle possibilité d'épanouissement genre danser la samba le samedi soir, en chine ?
- -« euh, ben vous savez, c'est un peu difficile pour une étrangère obtuse  de bien saisir le contenu des cours, parce que moi, je suis un tantinet rétro, et j' ai encore tendance à considérer que la valeur humaine d'une personne se développe tout au long de sa vie, qu'elle est l'expression de son émotivité (ce mot est une insulte, je vous raconterai pourquoi un autre jour ), de sa sensibilité comme de l'accumulation de ses  expériences humaines, physiques particulières...tout un tas de trucs pas faciles à apprendre à la fac en France...»
-« .. ? Mais elles ont des cours de stylisme, d'art de la vie, de dessin, etc.... »
- -« Ah ! Génial ! donc elles peuvent aussi être stylistes ? »
- «  Ben non, en fait, leur formation est pas assez poussée... c'est des ersatz... »
- «  Et elles peuvent choisir l'option « comment agrafer ma chemise toute seule? »
Je vais encore passer pour une infâme réductrice d'imaginaire, je sais...

Donc, pour résumer, les études de mannequinât n'enseignent pas grand-chose de plus que les études d'histoire à l'université chinoise, mais au moins, ça permet aux modèles d'être intégrées dans ce que les chinois vénèrent comme étant la « e dominante », inaccessible à qui ne s'est pas ennuyé 40 heures par semaines sur les bancs de l'université... samedi et dimanche compris, sans quoi le formatage serait parcellaire et donc pernicieux.

Je commence à me dire que les mannequins occidentales sont des lumières, d'être parvenus à se forger autant de connaissances de la mode, du goût, de la déambulation, du portage de vêtement, comme ça, au contact de la vie, des gens et d'une vague formation accélérée. Ou bien manqueraient-elles sincèrement de solides bases en philosophie ?

 P.S : Je sais bien que les mannequins sont aussi des hommes, mais
1-rares sont les texte où la troisième personne peut se décliner au féminin tout du long, aussi me suis-je laissée emporter dans un élan d'optimisme
2- les hommes sont peut-être mannequins aussi, mais la mode au départ est une expression de domination des femmes, il s'agit donc d'une minorité masculine qui n'a aucune raison historique de l'emporter. Na !

 

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24 mai 2007

The last day

Alors, voilà.
J’avais pourtant bien assez tôt vomi la réalité qui s’offrait chaque jour sous les apparences, derrières les fausses portes, mais malgré tout sensible à tous les arguments universitaires en faveur d’une dialectique qui est aussi la mienne : rien ne peut être noir ou blanc, bien ou mal, j’ai mis le temps qu’il fallait à m’avouer vaincue.
Dans l’angoisse de me voir assigner l’étiquette monolithique de « celle qui voit tout en noir et est même pas capable de trouver la vie où elle est », j’ai perduré.
Cinq ans.
Chinois contemporain ; chinois classique ; littérature moderne, ancienne ; vie professionnelle en milieu chinois, en milieu expatrié ; relations amicales, universitaires, d’enseignement, de voisinage, intellectuelles ; centre de la chine, Wuhan ; hors de la chine, Taiwan ; capitale, Pékin. Cours à l’Inalco, à l’université chinoise, à l’institut national de théâtre, en particuliers…

J’ai cherché les transformations, débusqué les différences, couru les émotions, chiné les talents, parcouru les espaces, humé les transversalités, ouï les émergences, espéré à chaque défaite, relancé sans cesse un lien, une relation, un échange ; enfin j’ai espéré malgré mes maigres moissons, être toujours dans l’erreur.       
    Culpabilisant de sentir la censure, l’humiliation, l’écrasement, l’annihilation, là où M. Rocca de l’antenne de science Po à Pékin parvient lui, à comprendre que «  la censure en Chine n’est pas ce que l’on croit, en est pour preuve notre activité universitaire ici… ». Là où les professeurs de l’INALCO parviennent à trouver de la créativité, là où les historiens chinois parviennent à comparer le despotisme chinois vieux de 2200 ans à l’éphémère Napoléon III, là où les étudiants en chinois voient de la culture ancestrale, bref, pourquoi aurais-je été la seule à ne pas percevoir le souffle de vie et de bonheur qui se dissimule en Chine ?
Sentant approcher les limites de mes capacités d’optimisme, j’ai pensé qu’il fallait mettre à profit ce  subtil temps de répit et d’espoir pour perfectionner encore et toujours la langue, sans laquelle bien entendu, on ne communique pas ( soucis que n’ont d’ailleurs pas bien des chantres de la chine, au passage…)

    J’ai donc aspiré une grande bouffée d’air, mis un bouquin de Nancy Houston dans mon sac au cas où, et me suis inscrite à un cours de presse écrite à l’école privée coréenne, bien décidée à ne pas me laisser influencer, ni par le mauvais goût vestimentaire de mes camarades, ni par leur apparente et phénoménale capacité à sublimer l’idiotie universitaire chinoise… Je gardais donc le nez plongé dans mon bouquin, entre l’analyse féministe du nihilisme chez Schopenhauer et du fascisme chez Cioran, concentrée sur la préservation de ma faible réserve d’optimisme jusqu’à l’arrivée du prof.
Signe des cieux, c’était un homme : j’aurai d’autant plus de mal à lui attribuer toute la niaiserie de mes dizaines d’autres profs femmes, autre temps de répit, ouf !
Distribution de la presse du jour, bonne ambiance, personne ne parle mais le prof commente joyeusement les titres, et me traverse subrepticement le regret de ne pas être venue plus souvent, le projet de m’inscrire à deux cours par jour afin de rattraper mon retard, bref, apothéose du bonheur d’apprendre. Jusqu’à… ce titre «  Pas de protection sociale pour ceux qui ne possèdent pas de fichier ».
-« Bon, protection sociale, tout le monde comprend, hein ? Quand au fichier, c’est ce qui permet de faire le listing par exemples des collections dans un musée, du stock d’un magasin, etc…mais ce mot recouvre également une réalité toute chinoise : chaque personne possède un dossier fichant les étapes de sa scolarité, des écoles où elle est allée, des notes qu’elle a obtenues, des appréciations et mérites, jusqu’à la fac ; et puis ensuite, aussi, des unités de travail auquel elle a appartenue, de sa vie professionnelle et sociale. Mais ce fichier, nous ne pouvons y avoir accès. Il est secret, seul les employeurs peuvent le consulter. »
Amélie, qui n’a pas d’autre choix que d’entendre, ne semble en avoir aussi d’autre que de s’interroger naïvement :
-« Mais si on ne veut pas avoir de fichier, qu’est-ce qui se passe ? »
- «  Ah ! Mais là réside tout le changement ! Désormais, si on travaille dans une entreprise privée, les fichiers ne sont plus suivis, c’est seulement pour les fonctionnaires d’état que c’est valable. Cependant, comme les fichiers sont consultés par les entreprises pour recruter, les demandeurs d’emploi peuvent payer pour que leur fichier soit mis à leur disposition quand même. »
Saperlipopette de la dialectique…
-«  Mais revenons à la protection sociale. En effet, seuls les employés dont le fichier est suivi voient leur protection sociale financée par l’état. Les autres, qui travaillent dans le privé, doivent payer seuls la totalité de leur protection sociale, qui est très chère… »
Amélie, dans des limbes socialistes, commence à se faire remarquer dans l’ambiance toujours aussi sublimée :
-« Ben, pourquoi les entreprises ne financent-elles pas une partie de la protection sociale ? »
- « Mais si, mais si, selon la loi, c’est effectivement le cas, elles sont censées contribuer en partie ! »
Embrouillamini de la rhétorique…
- «  Ben, alors, pourquoi elles le font pas ? »
Vilain petit canard ! Comme tu es naïf ! Le gentil professeur en rit, de ta naïveté !!!
- « Imaginez-vous que par exemple, moi, prof dans cette école privée, j’aille porter plainte devant la justice parce que mon employeur ne paye pas ma protection sociale ? Qu’est-ce qu’il m’arriverait ?
Mes camarades coréens avaient du, dans leur grande compréhension de toutes choses, anticiper bien avant moi sur cette issue :
-« Je me ferais virer en un tour de main et voilà, l’affaire serait réglée ! »
Pas pour moi en tout cas, l’impatience monte sur les bancs, le prof commence à transpirer, mais tant pis l’harmonie attendra encore deux secondes :
-« Ben, si il y a une loi, pourquoi l’état ne se charge t’il pas d’en contrôler l’application ? »
Hilarité. Evidence.
-«  Mais parce que les entreprises chinoises sont trop nombreuses…bien entendu ! »   
    A nouveau cette nausée, incontrôlable ; soubresauts de monolithisme ? Après l’article sur les œuvres d’art médiévale la pause retentit, je plie mon journal, le dépose sur le bureau du prof, prend Nancy Huston dans mon main avec la promesse de ne plus l’abandonner, cours vers le soleil acheter un paquet de clopes, et là, assise comme une clocharde sur les marches d’un fast-food, admets enfin que les mots Prud’homme, justice sociale, humanité, rationalité, bonheur, épanouissement et liberté sont nécessaires à mon petit cerveau monolithique, pour rêver, communiquer, échanger, apprendre et…espérer !

 

 

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22 mai 2007

Mac Taoisation

De Pékin à Qingdao, due à ma tête d'alien, le guichetier ne me laissa pas d'autre choix que d'emprunter le nouveau TGV français qui fait la ligne en 6 heures à la place de 10 heures à moitié prix, peut-être pour tester ma réaction à ce dispositif très pré- J.O. Il faut bien avouer que le confort était maximal, si ce n'est la période d'adaptation pour que mon cerveau admette enfin que derrière ces vitres trop connues ne défilait pas la Beauce, mais bien la province du Shandong... 6 heures en apnée dans le numéro 6 de la revue éditée par l'association taoïste de chine, je me  laissai envoler dans le rêve mainte fois répété, d'une évasion. Nous nous rendions à Lao Shan, avec ma copine Djim étouffée par la pollution pékinoise,  une des plus importantes montagnes de retraite taoïste, et par une de ces coïncidences qui n'en sont généralement pas, un long article était consacré aux séjours que Zhang San Feng y avait effectués au cours de sa vie du 13ième siècle. Car Zhang San Feng, prêtre taoïste qui accéda véritablement à l'immortalité selon d'aucuns l'ayant vu prendre son envol vers la fin du 16ième siècle, aurait pu naître, au choix, en 960, 1247 ou 1279. Dans cet article, s'il s'agissait de la version 1247, Zhang San Feng n'en demeurait pas moins l'initiateur avéré de l'école interne des arts martiaux, associée au Tai Ji, et le fondateur des techniques de respiration et de force intérieure qui s'opposent, dans tout bon ique de cape et d'épée, aux arts externes violents et bouddhistes de Shaolin... Je vous laisse imaginer mon délice à retourner sur les traces de ce fameux héros qui parcourait 500 kms en un jour et mesurait 5 mètres avec des moustaches en pointe de lance, traces que j'avais eu tant de plaisir à humer voilà déjà quatre ans avant les J.O, au sommet de Wu Dang Shan... Le TGV me propulsait donc vers la deuxième montagne où le héros modèle de Tai chi master joué par Jet Li avait été se recueillir à trois reprises, dans telle grotte aux exhalaisons mystiques où bien dans le prestigieux monastère des Han qui couronnerait notre visite. Qingdao est une ville qui, comme son nom l'indique, donna de la bière et des églises allemandes à la Chine. Située sur les bords d'une mer inodore, elle garde le charme de ses pins et de ses petites maisons européennes jusqu'à sa périphérie ou s'entame l'accablante route du littoral : après 40 kms de placards publicitaires en bordure de mer, et de chantiers immobiliers de l'autre nous arrivâmes au péage de la montagne taoïste. Moyennant 70 kuais (7 euros ) par personne, nous entrâmes en possession du privilège de pénétrer dans la nature. 8 kms d'asphalte plus loin, le taxi nous déposa à l'entrée du temple : force nous fût d'admettre que les immortels ne sont pas des êtres aussi désintéressés que nos bons vieux saints d'église, aigris certes, mais gratuits...Des fonctionnaires du tourisme d'état grimés en officiants taoïstes contrôlaient tout professionnellement le tourniquet d'entrée du temple pluri centenaire, tandis que trois jeunes nymphes de court vêtu accostaient le visiteur en proposant des services d'orientation touristiques pour la modique somme de 10 kuais ... Accusant la surprise de s'entendre adjectiver d'un virulent « capitalistes », les poinçonneurs taoïstes ne purent cependant que nous permettre, pour la toujours aussi modique somme de 15 kuais, d'investir ce haut lieu de recueillement et de sérénité. Après avoir erré quelques instants sous le bruit des marteaux piqueurs parmi un flot d'appareils numériques et d'ombrelles roses,  nous décidâmes d'entrer en contact avec les occupants du lieu, véritable objet de notre voyage. Comme un prêtre taoïste à l'allure imposante de vestige historique nous proposait d'entrer dans une petite tente jaune pour nous faire lire la bonne aventure par un tout aussi antique de ses collègues, je ne pu retenir en moi le désir d'échanger quelques mots avec un être vivant qui communique aussi aisément avec les forces maléfiques de la nature, mais, si j'eu la prudence de m'assurer de l'aspect financier de l'opération, j'eu aussi et malheureusement la suprême imprudence de ne pas demander à quels sommets elle pouvait atteindre... Et c'est ainsi qu'après avoir tiré une des six cartes que nous proposait l'officiant, nous fûmes plongées dans le plus engluant des embarras, car précédemment dévalisées de notre budget voyage, nos malheureux 200 kuais restants ne suffisaient ni à payer le talisman rouge contre les mauvais esprits à 1000 kuais, ni les offices religieux qui auraient pu être faits pour nous sauver d'un sort pitoyable, à 300 kuais... J'essayais alors de détourner la conversation sur les conditions de vie dans un monastère aujourd'hui, sondant avec aménité le vieux sage sur sa perception du recueillement et de la méditation, mais rien qui n'y fit :
-« c'est 300 kuais minimum »
-« euh, on va essayer de s'arranger avec les méchants esprits maléfiques,rassurez-vous, on peut vous laisser 30 kuais ? »
-« 300 kuais la prière »
-« heu, en fait, on n'était pas très au courant, comme on est des diables étrangers, on n'avait pas prévu, on est vraiment désolées et on vous remercie pour tout de tout notre cœur, mais là, vraiment, on n'a pas cette somme... »
-« 300 kuais ! 300 kuais ! » L'intonation s'envenimait dangereusement.
-« C'est-à-dire en vérité, on voulait juste parler avec vous, et puis comme vous ne nous avez ni lu l'avenir, ni exorcisées, ni...rien du tout en fait, peut-être qu'avec 50 kuais on pourrait rester amis... ? ??? » Je ne parvenais pas, dans ce haut lieu de culte, à endosser mon tablier de maraîchère, mais lui
-« 300 kuais, il faut 300 kuais , c'est 300 kuais ! » étranglé par la colère, ne trouvait de ressource vociférante que dans ce mystérieux nombre magique : -« 300 kuais ....300 kuais...300...»

Comme les tentures sont légères, le scandale devait commencer à se propager vers la tente voisine où 5 apparatchiks en train de se faire exorciser du mal qu'ils avaient commis dans leur vie étaient sur la voie de payer le ravalement du temple, le tout à l'égout, l'air conditionné et un énième chiotte public pour les fidèles en promenade. Le premier imposant vestige historique surgit donc promptement sur son nuage céleste pour nous extraire de cette inextricable gluance :
-« Monsieur très Sage, merci de nous excuser, on est désolées, mais on pensait ...." Je me surpris à implorer bien malgré moi un improbable pardon chrétien...
-« Etant donné que vous êtes des étrangères, on va prendre soin de vous tout de même ; si vous aviez été chinoises, il n'en aurait jamais été cas. »
-« Merci, bien trop gentil de votre part, surtout que si on avait été chinoises, on aurait su combien ça coûte, hein ? »
Mais la tenture s'était déjà refermée derrière nous.

Abandonnant rêves d'ermitage et idéaux sylvestres, les jambes à notre coup interceptèrent un merveilleux bus servant qui nous conduisit sur des nuées enchantées et le long des mêmes placards littoraux badigeonnés de sages paroles du parti : « Combattons la superstition » « Glorifions la science»  « Aimons la vie et protégeons la », directement à la gare, où il ne fut bienheureusement pas trop tard pour échanger nos billets de TGV et rentrer le soir même à Pékin...
Même pour 30 kuais seulement, on avait réussi à évincer tous les mauvais esprits de notre route ; ouf !   

 

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20 mai 2007

Hu Jin Tao présente ses meilleurs voeux d'investiture

"L'internazionale sera le genre humain  "

inconnu1

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07 février 2007

soudan cynique

Que les chinois fassent ce que bon leur semble chez eux, voila qui nous rassure beaucoup ; Mais lorsqu'ils se mêlent de politique internationale en soutenant, à coups de veto et d'accords économiques, tous les dictateurs au mépris de potentielles résolutions d'aide, au prétexte époustouflant du droit à la souveraineté des peuples, voilà qui nous inquiète un peu...

Sous mon veto le Soudan se déchire
Souverainement
Qu'au Potala mes troupes délassées
Entre les bras de la déesse Déshonorée
Empirent


Confucius est un penseur du Ve av. JC qui a laissé une empreinte si forte en chine que peu de philosophes parviennent aujourd'hui à lui disputer le podium, d'autant qu'aucun, même au temps de la rêve au cul où il était de bon ton de ridiculiser le bonhomme, aucun de ses pourfendeurs donc n'a eu la bonne idée de déconstruire les fondements de cette pensée figée en tradition. Cette déconstruction aurait pourtant peut-être éclairé le lien structurel historiquement établi entre le système hiérarchique familial et étatique[1], éclairage justement par trop susceptible de brûler ces échelons multimillénaires inamovibles pour que les révolutionnaires de l'époque n'en favorisent la percée. Grâce à la diabolisation et l'interdit qui frappèrent pendant plus d'un demi siècle les sciences humaines, notamment la linguistique moderne, la philosophie analytique, la psychologie[2], le germe de l'idée de déconstruction n'a de facto jamais pu trouver de terreau à son implantation. Si l'interdiction est dépassée partiellement, la diabolisation qui, elle non plus n'a jamais fait l'objet d'aucune critique, se perpétue insidieusement à travers les critères de valorisation des cursus universitaires : les meilleurs élèves pourront prétendre à la fac de business et gestion, tandis que les plus nuls seront directement orientés en fac d'art, langue ou philo... Ainsi le regard confucéen jeté sur la société regagne-t-il actuellement en popularité, et l'orgueil national, bien las des attaques raisonnées de la logique « occidentale », se claquemure dans ses valeurs itératives : Le rêve du pavillon rouge, Les trois royaumes, Le voyage vers l'ouest et les bonnes paroles de Confucius saturent à eux seuls un pourcentage avéré des émissions télévisées, depuis le contenu des pubs à celui des programmes éducatifs, en passant par les téléfilms, quand le reste se consacre à la dénégation des valeurs « occidentales » car, comme l'expliquait doctement cette prof de Shi fan da xue[3]dans le programme d'éducation populaire télévisé de 12h 45 : « Pour diriger un peuple heureux disait Confucius, il faut des soldats en nombre suffisant, de la nourriture en quantité suffisante mais surtout, il faut de la croyance de la part du peuple envers son souverain.  Aujourd'hui l'intelligence occidentale consiste en une accumulation de connaissances, mais on peut aussi faire le choix de, tout simplement, croire. »... 23 décembre 2006 [
1] cf  Jean-François Billeter Chine trois fois muette, ed. Alinéa, paris 2005
[2] 王晓波思维的乐趣
[3] 北京师范大学 Institut de formation des professeurs de Pékin. La grande professeur 于丹,   a bien choisi son fond de commerce la propagation, puisque ses vulgarisations du moalisme traditionnel sont en tête de gondole des supermarchés de la culture...

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sans titre

-Les prochaines élections présidentielles, c'est en Juillet.
- ah, non, c'est pas possible, en juillet, les gens sont en vacances,il ne pourraient pas voter.
-Ah. Mais pourquoi est-ce qu'ils doivent voter ?
- Parce que la France est une démocratie.
- ...Oui, mais bon, Chirac, il a l'air très bien quand même, je comprends pas pourquoi vous avez besoin de changer tout le temps ?

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31 janvier 2007

                                                            

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Esprit d'entreprise -contact 1-

Tout a commencé très tôt ce matin, où était-ce à midi, enfin à l’heure où mes méninges engourdies s’extrayaient encore paresseusement d’une longue réminiscence du goût brut et frisquet de pékin à l’aube naissante, quand, à peine arrivées à Shenyang, la jeune madame « professeur Wang », de son apologétique dénomination - simple gestionnaire de la branche française d’une compagnie spécialisée dans l’escorte des étudiants à l’étranger de sa véritable compétence- Madame Wang donc, n’estima pas nécessaire de s’enquérir de mon identité puisque, de toute façon, je ne représentais à ses yeux qu’une fonction résumable à ces deux mots : « intervenant étranger» . Elle s’obstina à me désigner ainsi à la troisième personne, jusqu’à ce que cette réification me monte au nez, quelques vingt minutes seulement après notre rencontre. Mais cette impolitesse consistant à lui stipuler que j’avais été dotée d’un nom à la naissance étant la seconde, je préjuge qu’elle était déjà accoutumée à l’évidence de ma rudesse d’ourse male léchée : la première, commise dans les vingt minutes précédentes, consistant à ne m’être point fendue d’une démonstration exacerbée de modestie lorsque, après m’avoir entendu prononcer d’un ton certes fort standard mais quelque peu elliptique un « ça va»  assez ordinaire ma fois, elle m’eut lancé une oraison de flatteries aussi conventionnelles qu’ inopportunes sur l’irréprochabilité et la richesse de mon vocabulaire...

Il faut savoir que les chinois se considèrent comme des modèles internationaux de modestie, et qu’une des raisons pour laquelle les longs nez passent en pendant pour d’infâmes orgueilleux est justement celle là qui consiste à refuser de s’incliner humblement pour décliner un compliment que l’on a bien voulu condescendre à vous attribuer, aussi redondant,  conventionnel et stupéfiant soit-il.

Quelques instants plus tard nous voilà rassemblées toutes les trois autour d’une salade de fruit à la sauce mayonnaise et, décidée à briser l’ambiance, je répondis donc très franchement au conventionnel :"Alors

la Chine

, c’est bien ? "
A ma grande surprise, personne ne s’offusqua des raisons que, mufle, je fournis. Madame Wang, perplexe toutefois s’en étonna : « Comment ça, on n’a pas de liberté ici ? Moi je trouve qu’on est plutôt très libres… »

Bon appétit

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Exportation en hausse

 

Un riz au curry plus tard, me voilà dans la grande salle de congrès du Lido de Shengyang, pour un grand show marketing, endurant un discours écoeurant  destiné à convaincre de pauvres familles chinoises à investir sur l’avenir à l’étranger de leur unique progéniture, discours fondé sur l’argument inattendu de la croissance du marché des étudiants chinois envoyés à l’étrangers : 15 Millions en 2005 contre 7 millions en 2001…
Lorsque, après m’être enquise auprès de ma collègue du degré d’incongruité que pouvait représenter à ses yeux le fait de marchandiser une si précieuse progéniture, elle me renvoya un charmant regard baigné d’évidence acceptative, je décidai de sortir fumer une clope.
A mon retour, le show avait commencé, et j’avais ma place à y tenir. Une lueur se pointa à ce lugubre horizon commercial en la personne d’un étudiant en socio-linguistique : certains mots portent ici des valeurs poétiques inconnues SO-CIO, LIN-GUI-STIQUE, le cumul des S, la césure liquide et la vélaire profonde encadrée d’une stridence vocalique, le tout fermé par une parfaite chute occlusive, qui ne se serait pas laissé bercer quelques instants par le rythme enlevé de cette joyeuse composition nominale ?
J’allais entreprendre de rassembler mon affabilité minutieusement enfouie lorsque le locuteur de cette harmonie poétique verrouilla abruptement tous mes efforts : « Oui, je voudrais retourner en France faire un master, mais plutôt d’économie ou quelque chose d’utile comme ça, parce qu’avec la linguistique, je me condamne à être perpétuellement un employé, tu vois, je ne pourrai jamais être un patron. »
Je vois. Très bien même. Et une insulte sans papa-ni-maman se coinça en travers de ma glotte.

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Esprit d'entreprise -contact 2-

Là, on est samedi soir, j’ai accepté de partir en déplacement professionnel pour essayer de pénétrer une fois dans ma vie les joies non révélées de cet univers de travail auquel tous mes semblables ou plutôt mes congénères, le mot est plus juste, attribuent une valeur systématisée.
Je suis dans une chambre d’hôtel, en compagnie de ma collègue dont le premier réflexe en entrant avait été d’allumer le téléviseur, deux tortillons de P-cul inutilement enfoncés dans les oreilles, tentant de rassembler des résidus de concentration sur un livre. Les hurlements de joie d’un public galvanisé par un syncrétisme de prestations annihilant toute possibilité de catégorisation de l’émission on vite raison de mes dernière forces :le présentateur, trentenaire (c’est –à -dire vieux) simule (mal) l’euphorie afin de stimuler un public de tous les âges, véritablement engagé quand à lui dans le vote des meilleurs talents du soir : choix ingrat s’il en est à faire entre un groupe de New Kids On the Block accompagné d’une participante fagotée d’une pathétique contrefaçon ethnique de costume Yi, une troupe de sages danseurs de salsa, des kung fu boys en tenue de lumière sur bruyance de percussions impériales, ou encore un Michael Jackson javellisé et robotisé…
A mes côtés, La pensée grecque de J.P Vernant s’est affalée sur un mal de tête remontant à mon exceptionnellement matinal saut du lit, creusé pendant une après-midi de promotion de « marché des étudiants » et en phase crispationnelle face à ce patchwork télévisé cossant, tandis que mon lit, mon chat, mon amoureux viennent pencher leur souvenir sardonique sur ma curiosité décidemment déplacée…
_ « Et vous, vous en avez beaucoup des programmes comme ça en France ? «
Juste envie de pleurer … ?

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02 décembre 2006

vélocypède

                                         Image001

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18 novembre 2006

Attention danger : pensée

                                   Un souvenir assez vif marqua ma première rentrée à l’école maternelle.

Comme je n’avais pas été à la crèche avant, ce jour représentait une grande étape sur la voie de ma socialisation.

De la joie du jeu, des scintillements de peinture, éclaboussements d’eau et autres bagarres de bac à sable, je ne me souviens guère, c’est que tout a donc du se dérouler en bon ordre.
Par contre, mon premier contact avec l’autorité institutionnelle s’est gravé comme une marque d’identification personnelle dans ma mémoire.
La maîtresse s’avisa à un moment de la journée de nous faire tracer des lignes diagonales pour quadriller une raquette de tennis. La consigne ayant du m’échapper dans ce grand flottement de bonheur qu’était ma première journée de classe, j’entamais un quadrillage parfaitement vertical.
Mme Michel vint donc gentiment interrompre mon élan rectiligne, jeta mon œuvre aux oubliettes et me fournit une nouvelle raquette vierge pour exécuter à nouveau les diagonales convenues.
Mais rien à y faire : cette histoire de diagonales ne me semblait pas du tout en accord avec une raquette de tennis.
Mes camarades, rendus à leurs jeux, avaient achevé leur devoir depuis une éternité, que je me trouvais encore face à mon énième raquette ratée, traçant et retraçant sans sourciller de jolies lignes droites sous le regard troublé mais tout aussi tenace de ma patiente maîtresse.
Comment de temps dura cet étrange duel, c’est ce que je ne saurais vous dire précisément. Je me souviens seulement de cette énorme boule salée d’injustice qui se cristallisait au fond de ma gorge à mesure qu’elle refusait de répondre à ma question : « Pourquoi des diagonales ? » autrement que par un impénétrable et dogmatique : « Parce que ».
Aussi la journée s’acheva-t-elle sur une ultime raquette aux lignes bien droites, que la maîtresse remit le soir avec un soupir à ma mère, sous mes yeux approbateurs.
Sous ces augures de joie, d’amertume salée et d’objection, se levait l’aube de ma longue et tenace marche scolaire…

Depuis trois semaines, je suis des cours de rédaction en chinois.
Le premier jour, ma gentille professeuse Melle Jiang m’a expliqué gentiment qu’il fallait répondre à la question « Etes-vous pour ou contre voler du temps au temps en vivant la nuit ?» par oui ou non en illustrant d’exemples personnels. Comme mes camarades japonais et coréens semblaient être déjà bien familiers de l’exercice, je l’ai prévenue tout aussi gentiment que ce serait difficile pour moi de m’y plier, étant donné que j’avais fini par être imbibée irréversiblement des principes dialectiques de mon pays …et qu’on m’interdisait depuis la 6e d’évoquer ma vie personnelle dans une dissertation…
Mon espérance de vie dans cette classe s’annonçait d’emblée assez limitée, remarquerez-vous justement.
Mais comme il me faut bien apprendre à rédiger en chinois, et que je sais aujourd’hui qu’une raquette de tennis a des lignes diagonales, j’ai fait preuve de toute la docilité en mon pouvoir et rendu un certain nombre de devoirs.
- Pour ou contre faire des nuits blanches

-         Mon ami chinois ( j’ai adapté ce sujet à mon goût personnel en le ré intitulant " Mon amie taiwanaise", pour tester l’abnégation de ma prof, car n’oublions pas que Taiwan, vu d’ici C’EST la chine.)

-         Décrivez le personnage principal du film  Vivre de Zhang Yimou (film interdit à la vente ici, car il évoque des réalités historiques niées dans les livres d’histoire. Elle est décidément trop cool cette prof )

-         Les étudiants chinois selon vous ?( là, j’ai été obligée d’écrire en vers pour que mon message amer puisse passer … : sa tolérance a des limites quand même ! )
A ma grande surprise, ma grammaire et mes caractères tordus s’avérèrent tout à fait acceptables, mais je me découvris bien d’autres tares plus alarmantes : «  On ne saisit pas clairement ton point de vue » ; « Tu ne donnes pas assez d’exemples personnels » ; « Trop d’idée abstraites ».

Qui plus est, je révélai une forte tendance boudeuse lorsqu’il s’agît d’apprendre des extraits de corrigés par cœur : « Le film Vivre ne nous parle pas de la cruauté du destin, les morts et les fléaux dont il est question ne nous désespèrent pas ni ne nous incitent à nous en prendre à la société ou au destin, bien au contraire il nous exhorte à vivre avec optimisme…»
Ou bien : « Les Pékinois sont des fainéants qui se contentent d’avoir un toit sur le tête et de gagner 80 yuan par jour en escroquant les gens venus d’ailleurs ».
Mes capacités mémorielles se révélèrent brusquement insuffisantes…
Comme j’étais qui plus est un peu lassée d’exercer mes compétences écrites par le biais d’un apprentissage systématique des expressions figées fondamentales du chinois. Genre : « Toute femme a envie d’être belle» ; « la parole de l’homme de basse condition n’a pas de valeur » ; «  Il est dans l’ordre des choses de respecter ses aînés et ses professeurs » « Quand l’eau est peu profonde, il y a peu de poissons ; quand l’homme est trop exigeant, il a peu d’amis », j’ai donc pris la décision de changer un peu d’air en passant au cours d’expression orale…

Chinois, coréens et japonais tous unis contre la mélancolie.


Ma nouvelle professeuse d’oral est également très gentille. Elle est très douce, et comme elle a cité le penseur Meng Zi, j’ai pensé qu’elle devait avoir de la culture. D’ailleurs, pour nous expliquer pourquoi les chinois considèrent aujourd’hui le mariage et l’enfantement comme des fondements sociaux inébranlables, elle est remontée pertinemment jusqu’en 500 av.JC, époque de guerres destructrices où une loi avait contraint les filles au mariage à 17 ans afin de préserver la natalité et l’ordre social.
Comme c’était mon premier jour, je suis intervenue fort courtoisement : « La tradition chinoise est certes magistrale, mais ne pourrait-on imaginer que la situation sociale ait pu évoluer quelque peu depuis 2500 ans ? » Une minute toute blanche crispa l’atmosphère.
Je ne sais pas pourquoi, mes premiers cours s’achèvent perpétuellement sur un sentiment mêlé de joie et de délit.

Le lendemain, j’espérais que ma professeuse m’aimerait toujours bien, alors j’avais décidé de me tenir bien à carreau.

Nous lisions le vocabulaire du nouveau texte, et jusque là tout allait bien, je baignais dans les joies insondables de la connaissance, lorsque l’attention collective se fixa sur le mot "insomnie ". Une surprenante discussion s’engagea alors autour d’une découverte récente dont nous fit part notre gentille professeuse: « Il paraîtrait que l’insomnie a des origines essentiellement psychologiques ».
Une collègue coréenne, ayant eu vent elle aussi de cette information, l’éclaire en nous racontant l’histoire d’un de ses amis qui, après avoir pris des somnifères pendant 20 ans alla voir un jour un médecin chinois. Celui-ci se contenta de lui demander : «  De quand datent ces insomnies ? » pour que l’ami réalise que sa maladie correspondait en effet à une date marquante dans sa vie. N’est-ce pas la preuve irréfutable que l’homme peut être influencé parfois par son "cœur" ? (En chinois, le mot psyché est un barbarisme que peu connaissent.)
Cette révélation produisit un effet considérable sur l’ensemble de mes camarades : une japonaise, et deux coréennes, dont une bonzesse bouddhiste, crâne rasé, petites lunettes et panoplie grise de rigueur.

Cette dernière souscrit alors inopinément à la thèse de l’origine psychologique des insomnies: «  Moi-même, j’ai eu des insomnies pendant un an. J’avais envie de me suicider. »
La classe : -« NOooooo
oON ! Te suicider !!? »Cette révélation d’un état psychologique hors du commun fait l’effet d’une poule verte entrant en se dandinant dans un poulailler. Malgré cette réaction de rejet emmaillé de curiosité, elle s’engage courageusement dans une mise à nue bouleversante - : « Oui, oui, me suicider. J’avais été atteinte d’une maladie rare que l’on nomme la "mélancolie". »
La classe :- : « Toi, la bonzesse contaminée par la "mélancolie "? Les fléaux de ce monde n’épargnent-ils donc aucun d’entre nous ? »
La prof : « Non, aucun de nous désormais. Le mal se répand progressivement sur l’Asie, parfois, à l’imprévu, nous avons vent de ses apparitions. Dernièrement, Li Yu, ce ravissant présentateur télévisé  au regard si doux a eu le vaillance d’avouer à son fidèle public qu’il était atteint, depuis un temps interminable, de cette douloureuse et effroyable  maladie ! Qui aurait pu imaginer ça ? Si les meilleurs eux-mêmes ne s’attirent aucune grâce, qu’adviendra-t-il de nous ? »
Amélie : -« En France, c’est un état d’âme qui a longtemps été un moteur de création »
La classe (déconcertée et dubitative) : « … ? ?? »
La japonaise : -«  Il parait que c’est une maladie qui s’abat sur les gens soucieux »
La bonzesse coréenne : - « C’est justement là le foyer de cette infection. Dans le questionnement, le doute, l’hypothèse, l’aléatoire. Moi, j’ai été atteinte justement au cœur de ces interrogations qui me lançaient jour et nuit : quel est le sens de la vie ? La profondeur de l’univers ? La douleur humaine a-t-elle une cause ? La mort…
La prof : -  Cesse donc ainsi d’évoquer le mal ! Tes doutes, hypothèses, pensées aléatoires ne risquent-elles pas de me contaminer ? A t’écouter déjà, je les sens me pénétrer, et grouiller dans mes artères comme des globules empoisonnés ! Moi qui ai toujours su m’en préserver, moi qui suis restée une jeune fille saine de corps et d’esprit, ne m’induis pas aujourd’hui sur les chemins infectés de la crainte et de la douleur. »
La bonzesse: - « Moi aussi je suis atteinte parfois. Des tourbillons de larmes m’assaillent de toute part et me plâtrent dans un puit noir de douleur, où rien ne me protège plus des pics lancinants des hypothèses et des doutes. Toujours, toutefois, dans ces cas là, mon esprit vital ressurgit et vainqueur, prend le contre-pieds en me soufflant d’aller faire du shopping. En un instant alors tout s’évapore et hop ! C’est fini !
La prof : -« N’est-il pas vrai que seuls sont atteints ceux-là qui se laissent peu à peu gagner par le tourbillon dévorant de questions vaines et insolubles ? Li Yu n’est-il pas de ces hommes qui se ont parfois la chimère de prendre à cœur les problèmes du pays, comme le firent nos grands hommes antiques ?. Voyez dans quels embarras cela le plongea. Mieux vaut s’en prémunir, en évitant tout bonnement de penser. »
La bonzesse : « Oui, mieux vaut ne jamais se laisser gagner par ces insolites chimères. Ma chance s’est trouvée dans ma rencontre avec le bouddhisme qui me guérit définitivement du questionnement. »

Amélie : -« Ben, nous, en France, on étudie une chose qui s’appelle la " philosophie" dès le lycée on doit penser à des trucs soucieux du genre : « qu’est-ce que la liberté ? », alors la mélancolie, on y passe forcément un jour ou l’autre… »

La classe : - « non, mais c’est pas pareil, nous on parle d’une maladie très grave, et très rare qui donne envie de pleurer tout le temps et qui rend les gens très tristes, désespérés car les questions qu’ils se posent sont insolubles ! Tu ne peux pas comparer. »
Impression qu’effectivement, je ne peux pas comprendre ; de toute façon, je suis déjà six pieds sous terre là, présentement. Et ce soir, je vais encore avoir envie d’avaler un flacon d’alcool de riz en rentrant. Et puis non, vous avez raison, c’est pas pareil. Moi ça ne me donne même plus envie de pleurer.

Wang Xiaobo, qui est mort en 1997, me redonne cependant le courage de venir en cours malgré tout. Ses articles philosophiques s’inspirent pour beaucoup de la connaissance de la société que lui a procuré son travail de chercheur et de sociologue, et de son expérience personnelle de la révolution culturelle. Il a fait, après avoir été engagé dans les campagnes chinoises, des études de philosophie aux états-unis. Le livre que je lis en ce moment s’intitule éloquemment les plaisirs de la pensée. C’est une compilation de certains de ses articles parus dans des revues et journaux pas toujours autorisés.

La liberté de son ton et surtout son esprit critique et rationnel, soulignés par un humour pénétrant me mettent du baume au cœur quand je rentre de l’école, mais m’atterrent aussi souvent en confirmant des impressions que je voudrais espérer trompeuses.

Sur  "l’optimisme" de rigueur en chine, il a écrit un article qui m’a donné de l’espoir quand à la capacité des chinois à se poser des questions. Il rappelle les origines de l’optimisme, dans un pays ou c’était une nécessité. Il fut un temps pas si lointain ou l’on était responsable de ses sentiments face à la nation, où une attitude "négative " pouvait déterminer de votre avenir proche et lointain. Wang Xiaobo rappelle à qui veut bien l’entendre qu’on ne peut pas contrôler les sentiments des gens…

Une amie française qui a suivi des cours de chinois à la fameuse Université des Langues de Pékin me disait que pendant un an de cours avec les manuels officiels, on ne lui avait jamais enseigné de termes négatifs. Peut-être est-ce parce que le vocabulaire du florissant est plus abondant que dans toute autre langue, point n’est alors besoin d’apprendre de mots qui risqueraient de nous rendre malades…

   

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Le diable d’étranger et M. Gu Hong Ming. Wang xiaobo

Article publié dans l’hebdomadaire les trois unions de la vie. 1996

C’est à la lecture de certains livres libertins que j’ai perdu mon innocence. En anglais, "lose innocent " revient implicitement à dire :“ se dévergonder ”. C’est bien dans ce sens là que je l’entends. J’ai perdu mon innocence dans la bibliothèque de l’université de Pittsburgh. J’y avais emprunté un livre qui s’intitulait Les joyeuses aventures d’un diable d’étranger en Chine et qui racontait le voyage d’un américain en Chine. Apparemment, cet étranger était un mordu de la culture chinoise qui, à peine avait-il débarqué à Shanghai, s’épris passionnément des chinois qu’il y vit. Que quelqu’un nous apprécia, c’était une chose qui me faisait déjà grand plaisir, mais d’un autre côté, ce bonhomme était un sadique, doublé d’un bisexuel. Or être apprécié de ce genre de personne, voilà qui n’a plus rien de réjouissant, à moins d’être soi-même masochiste. A l’instar du plus grand nombre, j’ai des penchants sexuels normaux. Comme tels, nous sommes émoustillés à la vue des beautés de l’autre sexe: en tant qu’hommes, nous voudrions que les rues soient remplies de belles filles, en tant que femmes, qu’elles soient remplies de beaux mecs. Ce genre de désir correspond à la normalité. Dans les livres antiques, il est question d’un homme qui avait un penchant pour les mauvaises odeurs. Il aimait respirer la puanteur des aisselles, et aurait rêvé que tout un chacun ait deux aisselles bien puantes, empeste comme un renard et soit débauché comme une belette©  : ce genre de attrait peut difficilement être taxé de normal, à moins que vous ne considériez le fait de porter un masque à gaz comme une chose ordinaire…. Or, le désir de cet étranger sadique n’était autre que de voir la surface du monde recouverte de masochistes ; et c’est là aussi un idéal bien peu ordinaire, vous me l’accorderez. Le malheur est que, en Chine, il a vu son idéal se réaliser. Les hommes qu’il y rencontra, dit-il, étaient serviles, le crâne a moitié rasé, une tresse de cheveux pendouillant en queue de cochon à l’arrière. En deux mots, beaux à tomber en pamoison. Quand aux femmes, qui avec leurs pieds strictement bandés ne pouvaient marcher sans le soutien d’une tierce personne, leur douloureuse démarche frêle et affaiblie, elles étaient à rendre fou d’extase… Apparemment, l’attitude de cet étranger vis-à-vis de la culture chinoise est assez proche de la thèse du susdit M. Gu Hongming© ©  – M. Gu admirait à la fois les pieds bandés et la tresse. Certains disent de lui qu’il était un homme singulièrement remarquable. Si j’approuve ce trait de singularité, ce n’est pas forcément dans un bon sens. Du point de vue des gens ordinaires, un comportement sadique est également très singulier. L’avantage, c’est que ce dernier ne force personne, il se contente de rechercher un compagnon à ses jeux sexuels, et il trouve la personne du masochiste un compagnon adéquat. Une fois accouplés, ils recherchent un endroit calme où pratiquer leurs jeux, qu’ils nommeront « chambre des secrets ». L’important est de mettre en place une forme de cérémonial afin de créer un climat, et de ne pas appliquer de véritable violence. Voilà en deux mots les principes du S/M occidental. Mais certains sadiques ne trouvent pas si facilement le compagnon idéal. Celui dont il est question ici appartenait à cette catégorie, jusqu’à ce que sur sa route il croise,par bonheur, les chinois. D’après ses dires, si certains hommes occidentaux se font attacher avec une laisse dans la « chambre des secrets », ils sont cependant très loin de se raser la moitié du crâne et de se laisser pousser une queue derrière la tête. Il n’avait également jamais rencontré de femme qui accepte de bander ses pieds pour les transformer en sabots de cochon. Il aimait donc par-dessus tout contempler l’ apparence des chinois, qu’il trouvait éminemment sexuelles--- et c’est en cela que c’ était un détraqué sexuel. Quand au problème de M. Gu Hongming, je ne saurais dire aussi clairement ce qu’il en est. Quand ce diable d’étranger eut vu les chinois exécuter les prosternations traditionnelles, il eut du mal à contenir son excitation : jamais il n’aurait imaginé une scèneà si forte connotation érotique ---- plier les genoux ! frapper le sol de la tête ! ! la bouche qui plus est débordante de paroles de soumission !!Il pensa que le destinataire de ces actes de prostration devait être un homme aux désir totalement assouvis. Ayant entendu dire que les grands ministres rencontrant l’empereur devaient plier les genoux par trois fois et frapper la tête au sol par neuf fois, il lui vint immédiatement des rêves impériaux : il aurait bien voulu mourir pour voir de si joyeux jeux sexuels se répéter ainsi chaque jour sous ses yeux. En résumé, le système politique chinois de cette époque n’était à ses yeux qu’ineffables jeux et cérémonies érotiques ; son seul regret était qu’en tant qu’étranger, il pouvait seulement voir, et pas participer… Dans ce livre, il est également question du système judiciaire chinois. Le seigneur assis sur la tribune, immobile et digne, le coupable implorant agenouillé en dessous, c’était un tableau qui le laissait rêveur. Le seigneur jetait une tige de jonc, quelqu’un renversait le coupable, le déculottait, agitait le bâton et frappait. Ce spectacle renouvelé donnait à l’étranger une insurmontable envie de monter sur la tribune, en déloger le seigneur et prendre tout bonnement sa place. Finalement, il dépensa quelques centaines de taels pour acheter une résidence de mandarin, s’assit sur dans le tribunal, et donna une volée de coups à une prostituée revêtue en habits de coupable, et assouvit de la sorte son profond désir. Enfin satisfait, il s’en fut. Dans le livre, on peut voir sa photo, grimé en mandarin, posté à la porte du tribunal. Point besoin n’est d’en dire plus, la justice ancienne en Chine s’apparente en tout point à cérémonie détraquée. Malheureusement, les coups sur les fesses étaient loin d’être simulés, et donc beaucoup moins amusantes qu’il semblait le croire. En cela, ce genre de détraquage est bien pire que le S/M. Certains lecteurs argueront que cet étranger n’étant pas lui-même une bonne chose, il n’est pas étonnant qu’il considère notre culture comme tordue. Mais cet argument ne me consolera pas, parce que j’ai déjà perdu mon innocence. Pour parler franchement, comparer ce qui se passe dans une « chambre des secrets » occidentale à ce qui se passe ici n’est pas vain. Dans la « chambre des secrets », certains masochistes se surnomment "esclave", et appellent le sadique par le surnom de " maître". En Chine, on se désigne par les termes " homme méprisable ", "votre esclave", et on nomme son interlocuteur " grand seigneur " .La signification est à peu près la même. Certains masochistes dans la chambre des secrets se regardent comme de vils insectes, et prennent leur interlocuteur pour le soleil. En Chine on ne dit pas insecte, mais on se dénomme "brique rouge" ou "petite vis" ; quand au soleil, ce n’est pas suffisant, il faut encore lui adjoindre le plus hyperbolique des préfixes. Cela éclaire le fait que nous soyons ici dans une immense chambre des secrets. Mais l’apparence des choses n’explique rien, encore faut-il en considérer l’esprit. M. Gu Hongming nous dit : « l’esprit de la Chine réside dans une religion du bon peuple, dans chaque femme qui se dévoue intégralement à son mari (intégralement comprend le fait de l’aider à prendre concubine ) dans chaque homme qui se dévoue sincèrement et absolument à son maître, seigneur ou empereur ( absolument veut dire ici en donnant jusqu’à ses fesses). Chaque masochiste dans sa chambre secrète se soumet plus ou moins ainsi à son sadique, c’est ce qui caractérise un illimité esprit soumis et flagorneur. Après le renversement de la dynastie des Qing, les concubines et les bastonnades ont été abolies, mais l’esprit persiste, pour atteindre son apogée sous la "révolution culturelle". Pendant le mouvement du 4 Mai© © © , M. Gu Hongming a été qualifié de "vieil excentrique", mais maintenant au contraire il érigé en éminent connaisseur de la Chine et de l’occident, et on réédite ses livres. Allez savoir pourquoi…. Peut-être est-ce pour permettre aux sadiques étrangers de venir à nouveau nous apprécier ?

© si vous en savez plus sur les belettes, merci de vos commentaires…

©© M. Gu Hongming était un éminent professeur confucianiste de la première moitié du XXe siècle.

©©© 4 Mai 1919, mouvement culturel de révolte contre les traditions.

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06 novembre 2006

parole d'ange

Anna a neuf ans et demi. Elle est née au Canada, mais sa double culture va lui permettre d’aller à l’école chinoise pendant toute cette année où ses parents sont revenus travailler à Pékin.

La première semaine de la rentrée, je la retrouve dans sa chambre, petite coupe au carré réglementaire penchée perplexe sur une feuille A4 noircie : son emploi du temps.

Anna a les yeux qui piquent après cette immersion dans les caractères chinois, et un regard curieux que ses maîtres confucéens auront je crois du mal à déraciner au cours de cette année.

_ : « Salut Anna ! Alors, ça c’est bien passé l’école ? »

_ : « …oui, oui…. » Petit regard bridé.

_ : « Si tu devais relever une seule différence entre l’école canadienne et l’école chinoise, une seule, ce serait quoi ? »

Anna scrute attentivement ses minis ongles vernis au bout de ses doigts qui mesurent un centimètre je parie, puis lève des yeux réflexifs au plafond, tourne et retourne sa formulation dans sa tête avant de trouver la plus adéquate :

_ «  Ce serait qu’à l’école chinoise, on fait plein de choses stupides. »

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05 novembre 2006

La montagne morale

Autour de pékin, les montagnes ont le poil ras. "C’est comme chez moi ici" dit Yamina et confirment les brebis dont le lait, apprendrai-je avec émoi, est non seulement perdu pour le fromage, mais même pas bu !

Aux sommets effeuillés des plaqueminiers pointillent les inaccessibles kakis

Que les abandons des paysans ont là piqués

décorer l’automne de guirlandes orangées ;

mais c’était sans compter sur l’agile passage

D’un bâton ailé qui sans pitié dégomma les fruits sucrés,

Au comble de nos papilles égayées.

                                                          DSCN5007

Mais la montagne à un moment s’acheva, et au village la société morale vomit sans sommation ses slogans éloquents.

Comme vous avez cette insane différence de ne pas lire le chinois, voici un court extrait représentatif d’un panneau, qui se varie à l’infini sur les murs du village :

          REGLES DE CONDUITE MORALE DES HABITANTS DU VILLAGE

  • Pour la cause publique, soyons patriotes, ayons un esprit collectif, ne trahissons pas la confiance
  • Pour la protection de notre environnement, ne crachons pas par terre, ne jetons pas les détritus dans la rue, plantons des fleurs.
  • Pour une société harmonieuse, respectons l'ordre établi, respectons nos supérieurs, preservons la morale, soyons civilisés

Sur ces bonnes paroles, amis de la vertu, bonsoir

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