16 octobre 2006
cheng yu préliminaire
对牛弹琴
Jouer de la cithare pour les vaches

Dans l’antiquité était un musicien nommé Gong Ming Yi. Il jouait extraordinairement de la cithare. Dès que ses cordes vibraient, les badauds arrêtaient là leurs pas, les voisins passaient la tête par la fenêtre et l’écoutaient jusqu’à être enivrés de musique. Quand l’air était enjoué, on s’en égayait, mais à la moindre note funeste, chacun sombrait dans la douleur. Comme les gens appréciaient sa musique, son jeu se faisait de plus en plus expressif. Un jour, Gong Ming Yi prit sa cithare et sortit se balader. Parvenu à l’extérieur de la ville, il s’arrêta dans un près verdoyant et se mit à jouer de la cithare sous un arbre. Mais au fur et à mesure qu’il jouait, l’intérêt d’être là s’émoussait, à quoi bon jouer quand personne ne goûtait à la musique ?Avisant une vache dans le près, il considéra qu’elle ferait bien l’affaire, comme auditrice, s’installa près d’elle, délia ses dix doigts et entama le plus bel air de son répertoire, jusqu’à ce que, au bout d’un moment, il s’aperçut que la vache se préoccupait moins de sa présence que de poursuivre sa rumination, et qu’elle semblait carrément ne pas entendre le tourbillon de sa musique ! Gong Ming Yi, qui était un grand optimiste, pensa alors que l’air qu’il venait d’interpréter n’était peut-être pas assez émouvant, si bien qu’il en changea pour un autre, plus poignant, qu’il s’appliqua à interpréter avec encore plus de conscience. Mais la vache broutait, et Gong Ming Yi n’y prêtant pas attention joua et rejoua d’autres airs, jusqu’à ce que ses doigts soient gourds. Là, il ne put que se rendre à cette terrible évidence : cette vache était stupide, à rien ne servait de perdre son énergie pour elle ! Il s’apprêtait à partir, découragé par la nature bovine, lorsqu’une corde se cassa inopinément, dans un vibration avoisinant celle du braiment du jeune veau : meuh !!! La vache alors cessa toute affaire courante, promena alentour un regard aussi curieux que possible et, ne constatant rien, retourna à son activité ruminante. Gong Ming Yi réalisa alors et enfin que des deux, le plus stupide n’était pas le bovin, mais bien lui, qui s’entêtait ainsi à jouer sans avoir pris en compte son interlocuteur : si, pour la vache, le plus émouvant des airs était celui du veau, pourquoi donc vouloir lui en jouer d’autres ?
Banquet musical
Hier soir, le festival des créations et compositions de musique « ethnique »» chinoise (comprendre musique d’influences chinoises, à différencier de musique occidentale jouée par des chinois, dans quel cas ce sera simplement musique de chine ? )
Orchestre brillant, robes violines pour les femelles, pingouin traditionnel pour les mâles, les instruments chinois étaient réveillés d’un long somme dans leurs pièces traditionnelles, par des créations orchestrales aussi neuves que colorées :
Les pupitres de er hu , gao hu et zhong hu, au registre parfois si proche du violon, tiennent comme dans un orchestre occidental, la place dominante. Assistés de huit violoncelles, et cinq contrebasses, les cordes sont encore agrémentées du pincement des pipas, et de leur consoeurs de la famille des luths, rondes comme des pastèques, les zhong yuan, et ponctuées par un guzheng , cithare proche de celle dont usaient les Zhou ( Ve av.JC ) dans leurs rituels musicaux, mais que je n’aime pas trop car son amplitude sonore, trop vaste, ne laisse pas d’évoquer une fontaine d’eau qui coule, et surtout, c’est un instrument traditionnellement « essentiellement féminin »…
Parmi les vents, aucun instrument occidental, mais au contraire de quoi surprendre la vue et les oreilles : le sheng , qui ressemble à un orgue à bouche en raison des tubes de bambous plantés à la verticale sur un réservoir cylindrique en bois laqué dans lequel on souffle par le biais d’une embout en forme de bec de théière ! Chaque bambou est muni en sa
En fait, il est le méconnu ancêtre de l’accordéon et des instruments à anche libres, mais en chine sa forme évoque celle des ailes du phénix, si bien que la longueur des tubes doit avant tout respecter cet empennage, quitte à échancrer le tuyau quand sa longueur d’aile est trop éloignée de sa longueur utile !!!
Parmi les morceaux interprétés hier soir, l’un révéla enfin la présence du joueur de sheng, qui avait pourtant pris l’habitude depuis des millénaire de se cacher derrière ses accords, expirant, inspirant sans cesse, le visage enfoui derrière ce foisonnant plumage : on n’avait pas pensé qu’un jour il prendrait un envol délicat, s’élevant doucement au-delà de la forêt orchestrale.
La musique chinoise a connu hier de grandes heures de liberté, chaque instrument s’est défait de ses petites épines traditionnelles, qui nous rebutaient à force de trop de distance culturelle ou nous lassaient de ritournelles millénaires rabâchées…
Ou sont les cuivres me direz vous ?
Nulle part… ou bien seulement peut-être ces énormes sheng basses dont les tuyaux semblaient en cuivre, et encore, à vérifier…
Mes les suona suffisent à combler tous les forte: hautbois chinois terminés par un pavillon de trompette et surmontés d’une anche double, au doux son de bombarde bretonne : leur infiltration dans l’orchestre traditionnel et l’ajout de clavier pour améliorer leur diapason n’est pas parvenu à masquer leur fonction guerrière fondamentale ni leur goût pour la fête et les spectacles animés et chaleureux !
Les potentialités des instruments s’exprimaient dans des pièces qui empruntaient à tous les répertoires : Stravinsky aurait certainement jalousé les acrobaties des percussions et leur variété, dans l’orchestre traditionnel appelés « espace de la guerre » et applaudi les jeux brillants d’échange et de dynamique entre les pupitres, une variété de couleurs prodigieuses évoquant dix univers différents ou Moussorgski n’est plus très loin, surtout dans la symphonie finale composée par le chef lui-même ; mais aussi des égarements chinois sur les modes que l’on veut , un tourbillon de bourdonnements venu du Turkistan , un concerto pour la flûte basse, qui pourtant n’avait pas eu besoin d’attendre cet instant de grâce pour révéler ses infinies registres, ses timbres mystérieux qui vous attachent l’oreille depuis des lieux toujours plus surprenants. la France
Une tournée européenne est prévue pour bientôt, qui malheureusement n’inclut pas
Le chef d’orchestre, M. Guan, portait sur tout son corps les traces épanouissantes d’une fatigue entière et achevée lorsque nous l’avons croisé après le concert. Il a dans le regard ce quelque chose de doux qui uni les gens simples et délicats du monde entier et que je n’ai pas eu à chercher dans les traits lourds et auto-satisfaits de sa némésis : M. Song, prôfesseur de littérature française à LA fac de Pekin.
M. Song est une connaissance de connaissance, il a qui plus est un certain nombre de connaissances, ce qui en chine est fondamental. Il se trouva contraint de nous convier au buffet d’honneur, ne pouvant décemment pas inviter notre copine sans nous.
Cet honneur nous permit d’assister aux flatteries répétées des quelques officiels et « grands professeurs présents » destinés à d’autres officiels et « grands professeurs présents ».
En chine, le cercle se referme avant même que d’avoir été entrouvert : aucun des musiciens n’avait été convié à ce buffet en l’honneur…de l’honneur.
M. Song, envers lequel nous avions commis l’irréparable impair de ne pas présenter de carte de visite spécifiant notre potentiel intérêt sur cette terre, ne daigna pas nous adresser un regard, tandis qu’il s’entretenait avec notre copine de la qualité des personnages d’honneurs ici présents : fort satisfait de baigner dans ce gratin chinois sans béchamel. Il tirait un orgueil non dissimulé (parce que socialement tout à fait justifié) à cotoyer le directeur de la Mega Banque
Lorsque, le nez pimenté d’être aussi impoliment traitée, je lui demandais quels étaient ses goûts en matière de littérature française, mon intervention eu l’effet désiré, le directeur de la Méga Banque
Ce n’est pas demain que j’entrerai dans un cercle de connaissances importantes qui pourtant me permettrait certainement d’accéder au rang non négligeable d’être humain en Chine, mais, me direz-vous qu’est-ce que les farauds ont à voir avec la musique ?
Je vous le demande …
04 octobre 2006
Une petite pincée de sel ?
L’institut central de théâtre et de cinéma de Pékin est un des foyers de la création chinoise, le théâtre expérimental y est basé, on y monta Dario Fo et Cao Yu, et de grandes stars du cinéma chinois en sont issues, des stars internationales comme Zhang Zi Yi, héroïne de grands monuments cinématographiques : « Héro », « les poignards volants », ou dernièrement l’insurpassable « The banquet ». L’institut est à l’image de Zhang Zi Yi, et vice-versa : l’un comme l’autre ont développé la sensibilité artistique d’une poule d’eau et les compétences physique d’une étoîle de ballet, ce qui leur permet d’être polyvalents dans une chorégraphie martiale, dans un soap-opéra, ou encore, grâce à l’option « chant contemporain du top 50 », dans une émission télévisée de chansons gluantes.
A cette formation intensive en danse classique, moderne et en chant contemporain, s’associe une tout aussi solide formation à l’inaptitude analytique : le rôle d’un comédien n’étant pas de déchiffrer un personnage, mais d’interpréter ce que M. respecté-professeur aura en aura compris, lui.
Pour ce qui est de la création, je suis en attente de nouvelles : voilà trois semaines que je me suis enquise auprès du respecté-prof « d’écriture de pièces » des prouesses de la création contemporaine, mais leur profusion doit certainement étouffer son désir de m’en faire part…
Dans l'attente, prions le seigneur.
23 septembre 2006
Lynette's coming
Salut les amis,
Je profite d’une échappée de mes deux nouveaux compagnons afin de vous annoncer, dans les formes qu’elle nécessite, ma sensationnelle arrivée dans votre vie.
Je m’appelle Lynette, nom qui en chinois se rapprocherait de « petite forêt »et que d’aucuns prononceraient Shao Lin, tandis que d’autres préfèrent Xiao Lin.
Ces querelles linguistiques ne m’émeuvent que très peu, dans la mesure où, au royaume internationaliste des chats, le langage n’est pas roi, et que ma coupelle s’emplie quel que soit le son de l’appel.
Ce matin encore je batifolais avec mon badin et rouquin de frangin, dans la pièce unique qui nous hébergeait, nous deux depuis un mois, eux autres humains depuis toujours, dans l’exigu dédale d’une petite cour au coin de la hutong Bei Xin Qiao Tou jiao, dans le quartier du temple lamaïste qui embaume l’encens sur des li à la ronde.
Bien que cette pièce ait été en permanence ouverte sur la petite boutique de tout et rien, jamais jusqu’à ce jour nous n’avions éprouvé ni le besoin ni l’envie de renifler les jeunes odeurs du monde, tant notre univers était satisfaisant de jeux, batailles, explorations infinies du dessous de lit et félins câlins.
Mme San, dont j’aimais surtout la longue queue de cheval qui pendait à ses fesses, nous flattait de petites croquettes et lourdes caresses depuis la disparition non élucidée de notre génitrice, qui nous laissa orphelins en ce long jour d’août, sur le faîte du toit de cette hutong ensoleillée.
Ah ! que ne puis-je gommer du fond de mes pensées ces douces heures lascives de ma vie passée !
Voici déjà des heures que j’arpente ces souvenirs avec la triste certitude de ne plus jamais retrouver le chemin de ce carré de ma vie, englouti par le trou noir dans lequel on m’a enfermée le temps du retour, mouliné par les pédales de la machine infernale qui me volait sans pitié à ma vie sur des routes scabreuses et me secouait de terreur.
Je vous épargne le détail de mes émotions au cours de cet inconcevable voyage, la nausée me monte trop vite au bord des moustaches…
Quand l’univers se stabilisa à nouveau sous mes coussinets, j’étais arrivée ici, parmi des fleurs et des arbres, sous l’œil justement inquiet d’un beau brun et d’une mini brune qui s’emblaient s’épater eux-mêmes d’avoir introduit une telle diversité culturelle à la maison.
Il est temps en effet de vous dresser mon portrait : je suis une chatte blanche au poil rebelle, aux yeux bleus comme ni le ciel, ni la mer ; je suis proportionnellement petite à mon âge, c'est-à-dire très, et si je miaule depuis mon arrivée, ce n’est pas uniquement de détresse ( je n’ai pas à ce point le sens de la tragédie ) mais de faim : l’un de vous aurait-il l’amabilité de prévenir délicatement mes deux bipèdes frisés que si ma coupelle, certes joliment chinoise, est un bon contenant à sauce soja, mes besoins en croquettes dépassent amplement ses capacités !
Qui a dit que les petits devaient manger moins que les grands ?
Merci de votre discret soutien, je suis sure que vous ne le regretterez pas en me rencontrant, et je vais travailler d’ici là à développer des glandes anti-allergies pour vous, mes chères malheureuses amies…
Amichalement
Lynette 
13 septembre 2006
nous sommes trop nombreux donc...
Pour saisir le sens de cette nouvelle rubrique, il faut savoir que, si vous demandez à qui que ce soit en chine par exemple : "pourquoi n'y a-t-il pas de système de ramassage des ordures ? " on vous rétorquera, sans distinction d'âge, de classe sociale ni de taille : " parceque nous, les chinois, nous sommes trop nombreux..."
Ou bien : " pourquoi Jiang zemin a t-il un château aux portes de pékin et les ouvriers ne sont-ils jamaispayés ? " , le même regard candide, la même foi, à croire qu'ils l'ont entendue quelque part cette petite phrase ..."parceque nous, les chinois, on est bien trop nombreux "
Donc, hier, cours d'histoire du théâtre occidental, le prof, du genre _je n'ai jamais entendu et n'entendrai jamais la moindre observation pendant avant après mon cours donc je vois pas pourquoi je ferai un effort pour rendre mon cours interessant _le prof donc tente d'inculquer les bases du théâtre occidental aux élèves de deuxième année :
"Le théâtre est né en grèce, au cours des cérémonies religieuses en l'honneur de Dinoysos. En effet, les grecs étaient des gens joyeux, qui vivaient dans des maisons très simples, ( pas du tout comme en chine à la même époque), parfois même, le climat étant très doux, ils n'avaient pas de maison et dormaient sur des nattes. De ce climat, de cette quiétude, de ces petites maisons ressortait une qualité de vie telle que nous ne connaissons pas en chine, car nous somme trop nombreux..."
31 août 2006
Pa pa chong
La première fois que je suis allée dans le village natal de mon père, j’avais dix ans. La maison de mes grands-parents se prélassait face à un ruisseau de montagne et dans sa cour picoraient en toute candeur des canards et des poules, traînant leurs ribambelles de poussins et de canetons.
Mon grand-père, comme la plupart de ses amis et voisins, cultivait du riz dans les rizières qui s’épandaient à perte de vue au pied des montagnes, et ma grand-mère récoltait sous ce climat heureux des brassées de fruits juteux et gorgés de soleil, des mangues, des poires, des pommes, des raisins…
C’était une petite femme vive qui avait dans le regard cet éclat de rire qu’ont parfois les vieilles de chez nous quand elles ont le visage plus ridé qu’une feuille de tabac séchée.
Elle était en effet toute bordée de gaieté, satisfaite d’une partie des jours qu’elle avait passés dans ce recoin du monde, son coin de paradis. Et c’était déjà beaucoup.
Moi, j’aimais par-dessus tout jouer sur les bords de la rivière, avec mon cousin Wei Wei.
Il y avait là un insecte que nous nous plaisions à pourchasser : le « Pa pa chong ». Si sa capture m’effrayait un peu, mon cousin, lui, excellait en cette activité de guet et d’action prompte et hardie, et grâce à sa vivacité et à son courage, je pouvais me délecter le soir venu d’un exquis plat de « Pa pa chong » sauté au wok !
C’est resté aujourd’hui encore un de mes meilleurs souvenirs culinaires.
Nous le dégustions en famille, quand la nuit tombante aux couleurs poil de loup venait insensiblement envelopper d’ombre les plaines vallonnées en aval de la rivière, à cette heure où la sérénade des cigales perce avec stridence dans le silence du village, las mais gâté, au repos.
Il y avait aussi ce pont, plus haut, qui reliait le village aux glèbes trempées des rizières dans lesquelles le soleil creusait au dos de mon grand-père des aires d’ombre et de luminance ondulantes.
Ce pont me séduisait, m’attachait, il comblait en moi un certain plaisir sensuel, je pouvais y rester des heures entières.
Je laissais mes mains errer sur ses surplombs, suivre les courbes épurées de la pierre, deviner les contours grossiers des lions protecteurs à ses pieds, et enfin mon regard se noyer dans les tréfonds poissonneux.
Certaines heures calmes aujourd’hui me halent à nouveau sur la piste de ces poissons, dans les remous vifs de ce ruisseau de montagne et je rêve de revenir, une fois, au village natal de mon père.
Mais ce rêve s’achèvera, et je le referai, et celui-ci encore prendra fin sur une journée grise, et je le rêverai à nouveau, et sans fin cet entêtement du même vouloir, car jamais je ne retournerai au village qui est désormais sous les eaux, englouti aujourd’hui, et demain aussi
24 août 2006
eva
_ « Pense-tu que ce prénom m’aille vraiment bien ? Je veux dire, il est un peu
court, je ne me rends pas bien compte de son sens… J’avais pensé que "Lolita "peut-être…»
- « Oh non, ce nom te sied parfaitement, il dénote une femme de caractère, aux penchants artistiques, au sourire enjôleur, pleine de joie de vivre. »
Je pense bien sûre à Eva, et je suis convaincue à cet instant que toutes les Eva du monde sont ainsi. ( Même Eva Braun ? ) Elle, c’est une étudiante de l’Alliance Française, en dernière année de fac, le sourire y est, le goût aussi (je flaire la surdouée du shopping dès le premier cours mais, malheureuse, ne m’en alerte pas ) et ses études de design ne lui procurent-t-elles pas la fibre artistique ?
- On se voit demain alors ? Super, on ira au musée de San Xing Jui.
- C’est loin ? on va prendre le bus dans quelle gare ?
- Non, non…Mon papa nous y conduira…
- …O.K….
Eva a des lunettes de star américaine, portées avec un naturel déconcertant sur la lande a ciel découvert de ce bout de campagne où se perche le musée des origines de la civilisation chinoise.
J’émets une certaine crainte quand à la confortabilité de ses chaussures roses à talons et semelles compensées, mais elle m’assure être au mieux, ce que sa démarche embarrassée semblerait démentir au premier coup d’œil non averti, mais une fine connaisseuse reconnaît là la présumée légèreté encombrée d’une allure féminine typique, c'est-à-dire attendue par tout mâle qui se respecte chez toute femme digne de ce nom…
Papa et maman ne visitent pas le musée avec nous, alors ils nous attendront poliment dans un salon de thé pendant que nous découvrons des statuettes effarantes,
l’ancêtre de Wallace :
Un géant détiré, aux mains démesurées ceignant une défense d’éléphant disparue, et surtout, ces roches de jade, taillées dans le bloc, la coupe est lisse, parfaitement et secrètement polie sur ses deux pans, inexplicablement découpée, la roche pourtant infrangible. Bloc de montagne échoué dans ce musée, son apparente froidure est désavouée par le premier toucher, mais à son véritable contact sa nature douce se révèle, et n’en est-il pas ainsi de l’homme de bien chinois, qui fit de cette pierre le blason de sa vertu ?
L’envie m’habite tout du long de palper, caresser ces innombrables lames de hallebardes ou ce disque énigmatiquement parfait, symbole du ciel, qui s’accouple lors des cérémonies religieuses avec le socle carré de la terre.
Eva ne va plus au travail. Elle a cessé depuis une semaine de se rendre quotidiennement à l’entreprise de design paysager ou elle avait commencé un stage dix jours auparavant. Sa première expérience professionnelle.
- « Il y faisait trop chaud. »
- « N’y avait-il donc pas l’air conditionné ?
- « Si. »
Nous sommes tous les trois exposés sous un soleil d’août, assis sur des rochers au beau milieu du plus beau parc de Chengdu, prés du lac, contemplant les résidences les plus luxueuses de toute la ville, à l’achat desquelles ne peuvent prétendre que les plus riches familles, d’ailleurs listées minutieusement par les promoteurs. Eva laisse ses fantasmes errer dans cette direction de longues minutes.
Il doit faire aux alentours de 38° aujourd’hui.
- « Il y faisait trop chaud ? » Dubitative.
- « Et bien oui. » Assertive.
Mais sous mon regard scrutateur, un sentiment de culpabilité peut-être la gagne. Contrainte :
- « Oui, enfin, devant cet ordinateur, à longueur de journée… » Elliptique ?
- « … chiant. Tu veux dire ‘chiant’ et non pas ‘chaud’, n’est-ce pas ? »
- « et bien oui »
Je ne parviens pas à lui faire prononcer le mot. Le vrai mot. Le mot adéquat. Le mot franc. Le mot qui force le questionnement. Non. La tête lui tournerait certainement.
Et puis maman avait tout à l’heure avancé un prétexte à la désertion professionnelle de sa fille, attribuant de vagues traces d’acné tardive à une subite et non identifiée prétendue crise d’allergie, alors si toute la famille s’investit pour sauver les apparences, moi, là, avec mes mots…une vraie détractrice.
J’imagine la chambre d’Eva très rose, foisonnante de peluches. Roses aussi. Blanches. Et énormes.
Finalement, pourquoi pas Lolita ? »
22 août 2006
La future cadre politique, étudiante modèle à l’institut d’études politiques et économiques de la province :
- « Si les femmes conçoivent leur enfant entre 25 et 27 ans, celui-ci sera intelligent. C’est le meilleur âge pour concevoir. Tout le monde sait ça. »
Really ?
15 août 2006
morceau choisi
Une étudiante au département de français de l’université du Sichuan :
: -J’aime beaucoup le cinéma.
:-Quel genre de cinéma ?
:-Tous les films.
:- Ah oui ? les films d’horreurs, les films de Kung-fu ? Les films d’horreur de kung-fu ?
Les films pas d’horreurs américains ? Les mangas ? Visconti ? Même Bergman ?
- : Euh, tout oui sauf le cinéma français.
- : Ah ? … (sourcils perplexes)
- Oui, en effet, vous les français, vous avez beaucoup de liberté, alors dans vos films s’expriment toutes vos individualités.
- : euh ?
- : Oui, ça je n’aime pas.








